- Le nouveau fonds fiduciaire pluridonateurs favorisera les contacts directs entre pays en développement pour permettre les échanges de connaissances et compétences spécialisées en vue de réduire la pauvreté
- Cet instrument attire de nouveaux donateurs, en plus de ceux établis de longue date
- Un premier don soutient l’établissement de liens entre agriculteurs africains et indiens pour chercher à reproduire en Afrique l’expérience de la révolution laitière de l’Inde
11 octobre 2008 — L’Inde était jadis un pays souffrant d’un déficit chronique en lait. Mais grâce à un programme unique en son genre qui s’est étendu sur une période de 25 ans (de 1970 à  1996) et qui a pour nom Operation Flood (a), elle a accédé au rang de plus gros producteur mondial de lait et de produits laitiers. Ce type de retournement de situation hors du commun, et désormais légendaire, est-il envisageable ailleurs ? Quand peut-on reproduire l’expérience faite par un pays dans un autre pays ? C’est précisément ce que vise un nouveau fonds fiduciaire pluridonateurs, en permettant à des professionnels de la petite ville d’Anand, dans l’État indien du Gujarat, de se rendre en Tanzanie et en Ouganda pour montrer sur le terrain à leurs homologues africains comment s’y prendre pour transcrire l’expérience de la « révolution blanche » sur leur propre continent. Appelé Mécanisme d’échange d’expériences Sud-Sud, ce dispositif novateur a été officiellement lancé à l’occasion des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale par Robert B. Zoellick, président du Groupe de la Banque. « Dans leur recherche permanente de moyens permettant d’accélérer la croissance et d’améliorer les niveaux de vie, les responsables des pays en développement sont toujours en quête d’idées novatrices », a déclaré M. Zoellick. « Et pour eux, les expériences faites par leurs homologues des pays émergents présentent un intérêt croissant. » Il a ajouté : « Le savoir est essentiel au développement, et le Groupe de la Banque mondiale a les moyens de partager avec ses clients non seulement son propre savoir mais aussi les compétences et données d’expérience accumulées dans d’autres pays en développement. » Sept pays donateurs ont d’ores et déjà pris des engagements à l’appui de ce fonds : la Chine, l’Inde, le Mexique, le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne et le Royaume-Uni. Et d’autres ont exprimé un vif intérêt à son égard. Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale du Groupe de la Banque, avait elle-même tablé sur cette formule des échanges entre pays en développement pour faire avancer le processus de réforme dans son pays, le Nigéria. Elle a dit à ce sujet : « Le Mécanisme d’échange d’expériences Sud-Sud est une merveilleuse initiative qui va aider les responsables et professionnels des pays en développement à faible revenu, lesquels font face à de sérieux problèmes et ne peuvent s’offrir le luxe d’attendre indéfiniment pour recevoir un appui, de tirer parti de l’expérience directe de leurs homologues d’autres pays en développement. »  Visite des installations de traitement ultramodernes de la laiterie Amul, à Gandhinagar. Impact du secteur laitier à divers niveaux C’est lors d’un voyage en Inde effectué par un certain nombre de professionnels d’Éthiopie, de Tanzanie et d’Ouganda désireux d’en savoir plus que le modèle indien a été présenté pour la première fois aux pays africains. Comme l’explique Simon Bell, responsable sectoriel dans les services de la Région Asie du Sud à la Banque : « L’activité laitière est un très bon moyen pour améliorer les niveaux de vie, surtout pour les agriculteurs pauvres. » « Que ce soit en Afrique de l’Est ou en Inde, la plupart des familles rurales, même celles qui n’ont pas de terres, possèdent au moins une ou deux vaches ou bufflesses, et ce sont généralement les femmes qui en ont la charge, » précise M. Bell. « Du fait de la hausse des prix alimentaires, le lait peut jouer un rôle important pour ce qui est d’améliorer le régime alimentaire des pauvres », ajoute-t-il. « En mettant en rapport des entreprises rentables gérées par des intérêts privés et ces personnes qui se trouvent au bas de la pyramide, on peut créer des situations permettant de gagner sur les deux tableaux, que ce soit pour les pauvres des zones rurales ou pour le secteur des entreprises. » Réussite de la structure coopérative Ce qui a rendu possible la « révolution blanche » en Inde, c’était l’existence d’une chaîne d’approvisionnement extrêmement efficace qui a permis aux petits producteurs de réussir à s’établir sur le marché par le biais d’une structure coopérative, et de toucher ainsi, par l’entremise d’entités du secteur privé, l’ensemble des consommateurs indiens. La ville d’Anand est le siège de la Gujarat Cooperative Milk Marketing Federation, qui regroupe 2,7 millions de petits producteurs et est aussi propriétaire de la célèbre marque de lait Amul. C’est aussi là que se trouve l’office national de promotion du secteur laitier, le NDDB (National Dairy Development Board (a). Ce qui a particulièrement impressionné le groupe de professionnels africains, lors de leur visite, c’est le rôle qu’avaient joué les petits agriculteurs indiens pour influencer et orienter depuis la base les politiques sectorielles. Cela a servi pour eux de révélateur sur les possibilités considérables existant dans leurs propres pays. Pour Medhin Aregay Dubale, originaire d’Éthiopie, le fait que l’État indien ne se soit pas ingéré dans le processus de mise en place et de contrôle des coopératives est un élément clé de la réussite de ce modèle. Quant à D. K. Mmari, de Tanzanie, qui envisage à présent de produire au niveau de sa propre entreprise laitière de quoi approvisionner la ville de Dar es Salam, il explique : “On pensait qu’il nous fallait d’énormes troupeaux de vaches de bonne qualité, mais maintenant on a vu que cela peut marcher si énormément de gens fournissent chacun un peu de lait. »  Medhin Aregay, un éleveur éthiopien, examine la qualité des aliments de bétail. Développement du modèle « Sud-Sud » En forgeant des contacts entre professionnels indiens et africains, le nouveau dispositif de la Banque contribuera à soutenir ce type d’activité et à promouvoir un modèle de collaboration Sud-Sud. « Le secteur laitier est un bon point de départ, car il présente des avantages nutritionnels considérables et importants pour les pauvres », a estimé Mme Okonjo-Iweala. « Le secteur laitier indien s’est développé au cours des 20 dernières années au point de faire de ce pays le plus gros producteur de lait, en comptant pour cela sur les plus pauvres en tant que producteurs et consommateurs. C’est là une expérience très utile dans l’optique de la réalisation des ODM. » Le nouveau dispositif de financement peut trouver à s’appliquer dans une multitude de domaines : gestion des gains inattendus tirés des prix des produits de base ; promotion de la viabilité budgétaire au moyen, par exemple, de systèmes fiscaux efficaces ; réforme des pensions ; utilisation des TIC (technologies de l’information et des communications) au service de la croissance ; mise en œuvre de programmes sociaux ciblés sur les pauvres (transferts monétaires conditionnels, filets de sécurité et autres) ; crédit rural ; intégration commerciale ; et amélioration du climat de l’investissement. Une « bibliothèque d’échanges de données d’expérience » est par ailleurs en cours d’élaboration dans le cadre de ce programme, pour permettre la diffusion des connaissances en la matière.  |